Accueil Actualités Actualités C'est maintenant, le moment fatidique est arrivé !

C'est maintenant, le moment fatidique est arrivé !

Enfin nous retrouvons cette atmosphère si particulière des vendanges, les petits matins brumeux, l'air chargé des effluves de raisins murs. Je roule vers le domaine, en respirant le parfum délicieux du pain chaud destiné au casse-croute des vendangeurs. Au loin l'horizon se colore, révélant progressivement les coteaux soigneusement peignés de la Côte de Beaune.

Enfin la date a été arrêtée, après de multiples hésitations et tergiversations (tu commences quand? Et toi? Untel a déjà commencé...), les paniers sont retrouvés, les sécateurs aiguisés, le matériel a été révisé, les vendangeurs recrutés, on sait par où on va commencer, tout est calé!

Pourvu qu'il fasse beau toute la journée et même toute la semaine!

Dans le village des hordes de jeunes gens, à peine réveillés mais déjà tout guillerets, envahissent les rues en s'interpellant joyeusement. Plus tard à la vigne, on notera une petite baisse de régime...ils avanceront en silence, attendant avec impatience la tasse de café salvatrice. Après le déjeuner, certains useront leurs genoux de pantalon, voire même, le lendemain, les coudes de leur pull...

Dur, dur le travail de la terre, surtout quand on a fait la fête la veille!

A l'autre bout de la chaîne, en cuverie, les personnages importants que sont les vinificatrices – et vinificateurs- se sont glissés dans leur habit de maître de chai. Ils s'affairent et observent, soupèsent, mesurent, évaluent, goûtent, comparent et discutent dans un état second, une sorte de transe fébrile au moment de transformer cette précieuse matière première, de la transcender pour en faire un millésime immortel, celui du siècle bien sûr!

Et là au coeur de cette agitation, quelqu'un veille et surveille, attentive au moindre événement petit ou grand, car chaque détail a son importance dans cette circonstance:

  • -Où trouver une tenue pour cette jeune fille fraîchement débarquée en tongs et débardeur et qui découvre avec stupeur la rosée cachée dans les premiers ceps de la journée?
  • -Et ce maladroit qui vient de se couper pour la 3ème fois! T'as pensé aux pansements?
  • -T'as relevé les numéros de sécu pour la déclaration MSA?
  • -Quelle quantité de nourriture ces travailleurs affamés vont-ils bien pouvoir avaler?
  • -Qui va chercher la carboglace?
  • -50 paniers dans cette parcelle! Mais c'est moins que l'an dernier!
  • -Quel degré cette cuvée?
  • -Et la numéro 2, il faut la piger!

Toujours assurer, être réactive à ces multiples petits problèmes jusqu'au dernier jour...

Allez, la voilà à l'abri une fois de plus cette récolte bénie! En soirée, nous allons souffler autour d'une  »paulée » bien méritée (et bien arrosée), puis nous nous retirerons dans nos chais pour créer et élever nos vins complexes et raffinés.

L'année prochaine, aussi sûrement que le soleil après la pluie,  nous retrouverons à nouveau cette énergie créative et dévorante qui nous fait avancer.

Espérons que les lourdeurs administratives invraisemblables, auxquelles nous nous heurtons,  n'auront jamais raison de ce petit monde de vignerons bourguignons, obstinés, acharnés, tracassés souvent, excédés parfois, mais jamais découragés, nullement déprimés et ô combien inspirés.

Mireille