Le printemps déjà

LE PRINTEMPS ! Déjà ?... Et oui, il est bien là et même en avance !

Et de renfiler les tenues légères pour attaquer les travaux en vert : épamprage (ébourgeonnage pour certains ou mondage pour d’autres), mouchage (une spécialité du Mâconnais… quand la vigne a pleuré, il nous faut la moucher !), relevage, agrafage et enfin écimage et rognage(s).

Et nous allons aussi, ici dans mon village du Sud Mâconnais, revêtir nos plus belles tenues de vigne pour une journée « solidaire ».

Oui, nous sommes une association de femmes vigneronnes : « Femmes et Vins de Bourgogne » et nous revendiquons des valeurs de partage, de complémentarité (avec nos collègues vignerons et entre collègues vigneronnes), de transmission et également de solidarité.

Notamment avec d’autres femmes : les épouses de vignerons qu’on appelle aussi « conjointes d’exploitant ». Un terme qui signifie que ces femmes participent pleinement à la vie de l’exploitation viticole, qu’elles travaillent souvent dans les vignes, parfois dans les chais, qu’elles gèrent la partie administrative des domaines et bien-sûr leur foyer. Mais elles ne sont pas « vigneronnes », souvent ne se voient pas ainsi…

Dans nos villages, il existe un système d’entraide fort bien organisé sous l’égide d’une association : un viticulteur, malade ou blessé, peut se faire remplacer pour certains travaux par une équipe de collègues afin d’assurer la continuité de l’exploitation sans avoir à embaucher du personnel supplémentaire. Mais rien n’est prévu pour remplacer, suppléer l’épouse quand, elle aussi, rencontre un problème de santé l’empêchant de poursuivre sa tache. Ainsi, les pliages (ou liages) ne sont pas prévus dans les travaux pour lesquels il est possible de faire appel à l’entraide. C’est un travail essentiellement féminin…

Alors, au vu de cette « petite » injustice, à Fuissé, nous avons décidé d’être solidaires d’une collègue, atteinte dans sa chair et qui doit impérativement se reposer. Nous étions donc 21 filles, de tous âges, à plier le jeudi 24 février dernier dans la bonne humeur, la joie de rendre service, et de nous retrouver pour… travailler et papoter !

Nous l’avions déjà organisé pour une autre collègue. Et nous le referons si l’une d’entre nous en a besoin : pour les travaux en vert, pour les vendanges, pour d’autres tâches…

Nos métiers nous tiennent profondément à cœur et nous pouvons nous exprimer grâce à nos vins. Nous sommes aussi, sans « parti pris » ni esprit de revendication, les représentantes, en quelque sorte, de toutes ces femmes qui oeuvrent à l’ombre d’un conjoint, d’un fils parfois. Elles ont du talent et leur présence est indispensable à la vie des domaines.

Je lève haut mon verre à leur santé !

Sophie Cinier