2011, le millésime des extrêmes ?
2011, le millésime des extrêmes ?
Tous les ans, la même émotion m’emporte dès que la vigne se met à pousser…Tous ces ceps torturés, qu’on croyait endormis à tout jamais durant le rude hiver et qui « ressuscitent » littéralement au printemps…
Le printemps est sans conteste avec l’automne ma saison préférée.
L’air est chargé des parfums de la terre qui se mêlent délicieusement aux effluves des fleurs et des plantes…Le soleil revient, les journées s’allongent, la nature s’exprime à nouveau…
A cinq heures du matin, je suis réveillée au chant des oiseaux qui célèbrent les futures naissances...Quelle chance unique alors que des milliers de personnes à travers le monde se réveillent tous les matins aux bruits des klaxons…
Lorsque je pars à la vigne, les premiers rayons du soleil colorent les côteaux d’une lumière douce et rosée. L’air est encore tout humide de la rosée et vif. C’est probablement le meilleur moment de la journée.
Au détour d’un contour, un lièvre s’élance, à la cassure d’une feuille, on découvre une coccinelle, les alouettes chantent. C’est le rendez-vous de l’amoureux de la nature. Petits « miracles » quotidiens, mais dont on ne se lasse pas.
Arrivée dans les vignes, « l’évasivage » -qui va consister à retirer une partie des futurs rameaux pour aérer la plante et en limiter la future récolte- commence. En dépit de la pénibilité de la position, j’aime beaucoup ce travail, qui me permet déjà de dessiner la future vendange; De donner de « l’équilibre » à mon cep, de l’aérer, et de voir si la vigne est en forme et comment s’annonce le millésime.
Tout au long de la saison, je vais piocher les pieds de remplacements afin d’aérer la terre et sous le rang, j’enlève les mauvaises herbes qui ont échappées aux charrues…A la manière d’un jardin, la vigne réclame une attention quotidienne.
Place ensuite au relevage. Premier passage, deuxième passage…Les branches sont redressées, celles qui ont poussées et ne sont pas encore dans les fils de fer « refourrées », et sans que je m’en rende vraiment compte, la vigne à mon passage s’est redressée, redessinée derrière moi. Plaisir visuel assuré une fois au bout du rang pour la jardinière des vignes que je suis…
L’année est précoce, tous les travaux en vert ont eu lieu avec environ trois semaines d’avance par rapport à une année classique. Les millésimes précoces ont toujours été de très bons millésimes, car les raisins murissent de manière optimale. Cependant, je sais que nous ne sommes pas au bout de nos surprises…
Lors des Saints de Glace (11 au 13 mai) les températures ont dépassé des records de chaleur, et j’ai redouté la violence des orages de printemps, dévastateurs lorsque la vigne n’est pas encore écimée.
Et puis le moment magique est arrivé…les futures inflorescences se sont ouvertes pour libérer ce parfum à la fois profondément enivrant et incroyablement délicat. C’est la floraison.
Moment magique où la vigne à besoin de se retrouver « seule » car comme le dit le vieux dicton « Vigne en fleur n’accepte ni vigneron ni seigneur ».
Cette année, la fleur s’est passée sous une forte chaleur, qui a les mêmes conséquences que lorsque le climat est froid : la coulure. Beaucoup de fleurs ne se sont donc pas transformées en baies.
Qu’à cela ne tienne, les raisins qui seront issus de cette coulure partielle, dit « millerandés », auront des peaux épaisses et peu de jus, ils seront donc très intéressants pour la future récolte, même si cela signifie également qu’il y aura moins de rendement.
2011, l’année des extrêmes ? C’est bien possible…Au terme d’une période de sécheresse inquiétante pendant laquelle certains raisins ont été victimes d’échaudage, la pluie s’est abattue avec rage sur nos vignobles peu avant la mi-juillet. La joie de recevoir enfin la pluie tant attendue a cédé place à l’inquiétude ensuite, et pour cause... Certaines parties du vignoble ont été ravagées par des orages de grêle d’une violence extrême, notamment chez nos amies de Rully. La nature peut faire preuve d’une violence inouïe et nous ne pouvons qu’assister en spectatrices impuissantes au drame qui se joue sous nos yeux…Cela fait hélas aussi partie de notre métier, que dis-je, de « nos » métiers…
Tour à tour agronomes, viticultrices, paysagistes, jardinières, techniciennes, œnologues, vinificatrices, comptables, commerciales, sommelières, c’est toutes ces facettes de notre fabuleux métier qu’il nous faut assumer.
Feu mon grand père disait « Un millésime, tant que le raisin n’est pas dans les cuves, c’est jamais gagné ».
Je me suis vite rendue compte à quel point mon pépé avait raison. C’est pourquoi même si le millésime s’annonce précoce, nous sommes encore loin de la récolte, et nous savons que la météo jouera un rôle déterminant pour la suite. Il reste donc à croiser les doigts pour les conditions de maturation soient favorables et que l’état sanitaire reste parfait.
Le travail de l’homme et les conditions climatiques spécifiques à chaque millésime nous oblige à nous remettre en question, mais nous permette aussi de créer des vins uniques. Fruits de notre terre et de notre travail, nous les travaillerons ensuite en cuverie, chacune à notre manière, avec plus ou moins d’extraction, plus ou moins de techniques, mais toujours avec cette même passion et cette même énergie.
Il me tarde donc désormais d’être aux vendanges pour créer à nouveau des vins qui je l’espère enchanteront vos palais, vous ferons aimer encore un peu plus la Bourgogne, ses vins et les vigneron(ne)s qui les façonne tous les jours avec tant de passion !
A toutes et à tous, je souhaite un excellent millésime 2011 !!!
Alexandrine ROY



